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Lula l'autre exemple pour l'Algérie

Lula, l’autre exemple pour l’Algérie

 

Par Ammar KOROGHLI *

 

Lula a réussi son pari, céder le pouvoir à une femme, Dilma Roussef, après deux mandats. Ainsi, après Nelson Mandela, Luiz Inacio "Lula" da Silva, président du Brésil de 2003 à 2010, est devenu de facto un exemple pour notre continent africain. Une réforme politique vigoureuse visant à débarrasser nos systèmes politiques grippés par nos momies au pouvoir.

 

Nelson, qui aurait pu devenir Mandela 1er en Afrique du Sud, a préféré passer la main à d’autres pour ancrer son pays dans la démocratie. Lula, qui aurait pu briguer un troisième mandat, s’en est abstenu. Il aurait fallu pour ce faire un viol de la constitution qui ne prévoit que deux mandats successifs (au Maghreb, le viol de la Constitution est devenu légitime). Et qui plus est, c’est une femme qui lui succède, Dilma Roussef. Elle est désormais présidente du Brésil, huitième puissance économique. En Algérie, nous sommes loin de ce cas de figure. Nous n’avons pas d’hommes de cette trempe mentale et de cette carrure politique pour espérer égaler Mandela et Lula.

Ce dernier,  qui fut réellement populaire durant ses deux mandats de président, le demeurera en toute vraisemblance encore longtemps (plus de 80 % d'opinions favorables, nous dit-on). Et pourtant Dieu seul sait que l'usure du pouvoir corrode les sympathies les plus solides. Déjà, l’image de l’autre « icône » de la politique internationale, Barack Obama,  commence à s’étioler. Ainsi, Lula a su habilement faire émerger son pays sur la scène internationale. Avec l’Inde et l’Afrique du Sud, le Brésil jouit désormais de la réputation de pays émergent, stade intermédiaire entre celui peu glorieux de pays sous-développé (ou en voie de développement, après une cinquantaine d’années d’indépendance) et celui de pays développé.

Ce tribun, qui a gardé son sourire de gamin, bénéficie d’un charisme naturel. Sans doute, optimiste de longue date, il a su insuffler cette qualité à son peuple. Il est vrai qu’il en est membre depuis toujours. On ne s’inspire pas fis du peuple, on ne le devient pas. On l’est ou on ne l’est pas. Il est donc naturel qu’il puisse en parler à l’aise et sans fioritures. Sans langue de bois. Il est vrai qu’en l’an 2000, le Brésil était déjà une démocratie en formation avancée et dont l’économie était en croissance par la maîtrise des recettes provenant des produits agricoles et des minerais ; à cette situation déjà enviable, le Brésil est entré dans le club des pays pétroliers découvert au large de ses côtes et eaux profondes. Peut-on en dire de l’Afrique ? Du Maghreb ? De l’Algérie ?

Qui peut imaginer, dans notre continent, un gamin cireur de chaussures (ouvrier syndicaliste dans sa vie d’adulte) qui devient un président, nanti pour cela de courage ; avant de le devenir, il a fondé le Parti des travailleurs et a été candidat à trois reprises à la présidence. C’est dire sa persévérance. Ce destin exceptionnel, il le doit à un instinct qui ne trompe pas. Pourrait-on imaginer au Maghreb un candidat à la présidence publier une « lettre » à son peuple ? Voire deviser loyalement sur sa politique avec les journalistes de son pays ? Lula socialiste a su rassurer les milieux d'affaires et les investisseurs étrangers, comme l’électorat brésilien, en promettant de préserver la stabilité économique du pays obtenue par ses prédécesseurs et de veiller à son ordre institutionnel. Nos dirigeants, Afrique noire et Maghreb confondus, pourraient-ils crier sans ambages « Le FMI dehors ! » ?

Lula n’hésite pas à adopter une politique pragmatique en mettant au rancart la stratégie de rupture telle que tracée par son parti, en opérant un glissement d’ordre sémantique de son passé « trostskyste » en se référant davantage aux « pauvres » qu’aux « travailleurs » (ce qui lui a valu des détracteurs de son propre parti des critiques acerbes à telle enseigne d’ailleurs que l’une de ses ministres, Marina Silva l’écologiste, se présente à l’élection du président de la République sous les couleurs du parti des verts).

Pourtant, cette prudence économique que d’aucuns dénoncent comme étant un « conservatisme » pour plaire aux « milieux d’affaires » ne l’a pas empêché d’avoir de l’audace en matière sociale pour s’attaquer à la pauvreté endémique du géant brésilien. Il en résulta ce qu’il a été convenu au Brésil d’appeler la « bourse famille » qui est une aide mensuelle aux foyers pauvres sous réserve de la scolarisation des enfants, réduisant ainsi notablement le travail des enfants; sans conteste, la vie quotidienne de millions de Brésiliens s’en trouve positivement modifiée. En effet, quelques millions de Brésiliens sont venus agrandir la classe moyenne, notamment par l’accès au crédit et à la  propriété (25 à 30 millions de Brésiliens pauvres auraient ainsi accédé à la classe moyenne).

Il est vrai cependant que le Brésil demeure encore un pays inégalitaire. Et chose rare pour être soulignée ici, c’est le sud qui est riche face à un nord déshérité (en Italie, par exemple, le Nord est riche et le Sud -Mezzogiorno- est pauvre ; en France, c’est le cas du Massif central). Au Brésil, comme au Maghreb -et singulièrement l’Algérie- l'enseignement est encore passablement malmené, le système de santé encore fragile, l’administration muée en bureaucratie, la police peu efficiente et la justice reste sérieusement à réformer ; la violence dans certaines villes est notoirement connue au Brésil pour être soulignée (Sao Paulo par exemple), les scandales financiers et le phénomène endémique de la corruption restent également importants ; quant au népotisme (dénoncé joliment, en son temps, par la « Charte nationale » algérienne) est encore fortement présente au Brésil comme en Algérie ; il en est de même du pouvoir incommensurable des oligarchies tant locales que centrales (en Algérie, elles sévissent notamment dans l’immobilier et le foncier).

Pour autant, Lula ne manquera pas qu’au seul Brésil. Après l’épisode Boudiaf, l’Algérie est encore à la recherche non pas d’un homme providentiel mais à tout le moins d’un président qui saura se faire élire démocratiquement sans l’appui des appareils et de la Direction de l’Armée, seulement grâce à son courage et sa ténacité. Y aurait-il, quelque part, en Algérie un cireur de chaussures qui aura un destin national et qui saura être à l’écoute de son peuple pour à la fois réformer le système politique devenu obsolète et le système économique libéré dans gangues de l’Administration, ainsi que pour doter le pays d’une politique culturelle qui nous manque cruellement et d’un système social favorable aux couches les plus défavorisées qui auront ainsi leur part de pétrole ?  

 

* Avocat- auteur Algérien

 


Date de création : 09/12/2010 @ 12:00
Dernière modification : 21/01/2014 @ 08:44
Catégorie : Articles à caractère international
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